The Story of Milk and Honey

« Tes lèvres, mon Epouse, distillent des rayons de miel ; le miel et le lait sont sous ta langue, et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban. »
Cantique des Cantiques 4-11

L’artiste Basma Alsharif, représentée par la Galerie Imane Farès, a été mon réel coup de coeur du YIA, voire de cette année 2014.

Sa série The Story of Milk and Honey est tout bonnement incroyable.
Plusieurs photographies étaient accrochées au mur. Certaines en couleurs, d’autres en noir et blanc. Les clichés couleur aux dominantes bleues présentes des visages de personnes, plus ou moins visibles, laissant une grande place au ciel sans nuages. Les oeuvres en noir et blanc sont d’anciennes photos de famille, mais cette fois-ci impossible de voir les visages, ils ont été complètement effacés. Au milieu de ces photographies sont disposés des extraits d’un livre sur les plantes.

On regarde d’abord les murs d’un coup d’oeil, c’est plutôt joli, mais un peu mystérieux. On se tourne alors vers les galeristes, qui nous indiquent qu’il faut regarder l’installation vidéo. On met le casque sur les oreilles, on a 10mn devant nous, le film débute, c’est là que tout commence.

Une musique de fond est lancée, et là retentit la voix d’un homme, inconnu, qui nous explique sa volonté profonde d’écrire une histoire d’amour au Liban.
Sa voix, tout au long de l’oeuvre nous berce pendant que défilent plusieurs lettres et images. Différentes musiques se mélangent alors. De ces chants, de ces photographies prises à l’insu des habitants de Beyrouth, s’élève la détresse de cet homme. L’incapacité d’écrire cette histoire d’amour, incapacité de moins en moins claire.
Beaucoup de choses s’imposent à nous en même temps, des voix sans fin chantent pendant qu’images et vidéos sont alternées, superposées. On comprend le choc des cultures, on comprend l’horreur de la guerre. Les maux de notre société occidentale, mais également ceux de l’orient nous sont contés.
Tout se suit, avec un rythme fou. La voix de l’homme ne faiblit à aucun moment. Le ton ne change pas et pourtant, plus le film se déroule, plus ses paroles résonnent, plus ses mots sont intenses. Il ne parle ni français, ni anglais, mais l’arabe, et son verbe nous ébranle.

Il termine son histoire, la télé s’éteint. Et là… On est tout à coup submergé par un flot d’émotions, toutes plus intenses les unes que les autres. On est heureux, car de belles choses nous ont été montrées. On est révolté, car l’homme dénonce la violence de la guerre, et l’opposition plus que présente entre les cultures. Mais surtout, on est triste, profondément triste. Comme si cet homme c’était nous, comme si l’histoire qu’il n’avait jamais pu écrire était l’histoire d’amour que nous n’avions jamais pu vivre.

Alors on enlève le casque, on est pantelant, on regarde les galeristes sans parvenir à sortir le moindre mot.

Voilà pourquoi Basma Alsharif est mon coup de coeur cette année, aucun mot n’est assez juste pour qualifier son travail, et pourtant sa production bouscule nos sens, et met notre cerveau sans dessus dessous.

Son site internet

Galerie Imane Farès
41 rue Mazarine 75006 Paris
tél. +33 1 46 33 13 13
contact@imanefares.com

Horaires
du mardi au samedi de 11h à 19h

Crédits photo et vidéo : Basma Alsharif

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