Thérèse Desqueyroux

Thérèse Desqueyroux, adapté du livre éponyme de François Mauriac retrace la vie d’une femme de la fin des années 20 en France. Ce film est aussi le dernier de Claude Miller, mort en avril de cette année. Il nous présente le destin d’une femme en décalage avec son époque, se voulant libre, mais contrainte par les conventions de la bourgeoisie provinciale  à une vie rangée -mariage sans amour, procréation, femme au foyer…- Thérèse se trouve peu à peu piégée, engluée dans une routine morne. Routine qu’elle souhaite au début du film, espérant que le mariage saura «lui enlever son trop-plein de pensées qui la rendent folle». L’inverse, petit à petit, se produit, Thérèse devient indifférente à tout- à son mari, à son enfant, au feu menaçant de ravager leur propriété. Elle manifeste un sursaut de vie, le seul du film à vrai dire, que lorsqu’elle apprend que sa seule amie, la petite soeur de son mari, Anne -remarquable performance d’Anaïs Demoustier- vit une histoire d’un été avec un étudiant parisien, à l’encontre de sa famille, et  des conventions. Sursaut de vie provoqué par  jalousie envers cet amour qu’elle n’a pas le courage de vivre. Le montage alterné entre les plans montre Thérèse lisant les confessions d’Anne, et  ce qu’elle en imagine.  Les caresses amoureuses sont d’une beauté intimiste, toute en retenue, mais avec une force accentuée par la frustration de Thérèse et sa jalousie dévorante.

Thérèse Desqueyroux est donc une sorte de Mme Bovary moderne, qui au lieu de s’empoisonner elle-même dirige sa détresse contre son mari, tentant de l’empoisonner, sans réfléchir, sans préméditation, sur un coup de tête, de folie, par un besoin irrépressible de s’échapper,  pour être libre.

Claude Miller réussit au travers d’un film très contemplatif, lent et mélancolique, à insuffler au spectateur cette impression même de langueur, d’ennui, que Thérèse éprouve, en parvenant à nous faire comprendr sa tentative de meurtre.
Un film contemplatif donc, mais parfois  un peu surfait, avec de nombreux raccords dans l’axe afin d’insister sur quelques symboles égrenés dans le film – nombreux oiseaux morts par exemple, ou encore le pied de Thérèse écrasant un mégot-, symboles quelques peu inutiles à mes yeux, de la liberté, de l’individualité de Thérèse piétinée, tuée. Ces symboles me paraissent inutiles car ce film par ailleurs extrêmement pudique, réussit très bien à exprimer cela, ainsi que l’impression d’enfermement par un choix de plans confinés, d’une lumière très faible, plans souvent éclairés à la lumière de feux de cheminée, ou de petites lampes. Les scènes d’extérieur sont elles-mêmes de tonalité très grise, comme les promenades de Thérèse à travers une campagne presque fantomatique parfois, les seules scènes lumineuses évoquent son enfance.
Ce film retransmet donc parfaitement la détresse de ces femmes aux vies brisées par leur condition dans une société où leur chemin était tracé dès l’enfance; détresse de celles qui voulaient une autre vie, comme Thérèse, qui aspirait à une éducation autre,  que celle la destinant à devenir une femme au foyer, et une bonne mère. Le spectateur quant à lui, est peut être encore plus désespéré que Thérèse, car il a du recul, connait l’évolution de la société: voir cette femme étouffée par le carcan des traditions, de la bourgeoisie provinciale, lui est insupportable, la cruauté de sa famille qui ne pense qu’à son honneur, séquestre quasiment Thérèse une fois le procès fini. Cette cruauté est particulièrement bien exprimée dans la scène où Thérèse, au cours d’un rêve, tente d’expliquer à son mari son geste. Il lui dit qu’il la comprend, mais pour mieux l’assommer par la suite.

Thérèse Desqueyroux est un film d’une grande beauté, très émouvant, même s’il est aussi extrêmement frustrant, car, comme dans le roman, rien n’est jamais dit, tout est étouffé, et l’on en vient à regretter que Thérèse n’ait pu expliquer à son mari les raisons de son geste,  qu’elle réussisse à comprendre elle-même les raisons de son geste, et que lui soit capable de l’entendre.

Sophie

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