Triple 9 (2016) de John Hillcoat

Note : ★★☆☆☆

Pas facile de sortir face à un blockbuster aussi ambitieux que Midnight Special, et un huis clos mystérieux comme 10 Cloverfield Lane. Mais bon, la dure loi de la concurrence impose à tout le monde ce genre de contraintes. Malgré la forte hype engendrée par les deux films cités plus haut, Triple 9 suscitait une certaine curiosité grâce à un casting fourni, et une façon nouvelle d’aborder le thème du braquage.

Le dernier film du réalisateur John Hillcoat (Des hommes sans lois, La route) se démarque par sa capacité à retranscrire une vie urbaine fatale et non enviable, pourtant il souffre de son manque de profondeur…

Tout d’abord, parlons du synopsis. Dans ce thriller, nous suivons un petit groupe de braqueurs mené par Michael Belmont (Chiwetel Ejiofor). Ce groupe est précis et terriblement efficace, chose que l’on peut expliquer par le fait que ses membres sont des policiers « ripoux », ou d’anciens soldats des forces spéciales. Néanmoins, leurs compétences ne seront pas suffisantes pour effectuer LE dernier casse. Dans un élan de désespoir, ils décident d’opter pour un triple 9 impliquant l’élimination d’un officier de police. Cette ruse permettrait donc au groupe d’augmenter ses chances de réussite. Cependant, le scénario ne se passera pas comme prévu…

Plusieurs aspects de l’œuvre de John Hillcoat sont intéressants. Pour la première fois, le réalisateur australien développe son intrigue dans un univers urbain et contemporain propre au 21ème siècle. Hillcoat tente, via Triple 9, de passer son message quant à la dureté de notre monde. Pour cela, il nous dépeint un Atlanta sombre où la frontière entre le bien et mal n’est pas évidente. L’ambiance s’applique à tuer le mythe américain, ainsi les personnages présentés ne peuvent pas être réellement blâmés pour leurs actions, tant la fatalité est une obligation de la vie quotidienne. Vous comprenez que le film est pétri d’une psychologie, qui peut-être rapprochée de l’état d’esprit global lors des premières années de la crise économique mondiale.

Mais l’oppression ressentie impacte surtout le déroulement de l’intrigue. Hillcoat offre des scènes froides, où chaque zone de lumière semble fade et non prise en compte. Il n’est jamais question de surenchère ou d’héroïsme, le but ultime étant de survivre. La justesse technique d’Hillcoat apparaît notamment lors des scènes d’action. Optant pour une caméra épaule, le réalisateur nous immisce au cœur de l’évènement sans tomber dans l’illisibilité. Tout cela a le mérite de faire vivre une sorte de divertissement nerveux.

Pourtant, Triple 9 laisse sur une impression d’inachevé…

Sa faiblesse principale réside dans son casting ; sur le papier, l’ensemble est impressionnant avec de nombreuses stars. Il est possible de scinder les acteurs en deux catégories. D’un côté, nous avons ceux qui portent le film tels que Chiwetel Ejiofor (12 years a slave), Casey Affleck (The finest hours) ou Anthony Mackie (Le faucon dans l’univers Marvel). De l’autre, il y a les seconds couteaux campés par des comédiens confirmés comme Kate Winslet ou Woody Harrelson. Ce beau monde présente un fort potentiel, mais malheureusement il avale toute la subtilité de l’intrigue. Le film semble contraint d’exposer chaque personnage à l’écran. On tombe alors dans une grande superficialité car les différents flux scénaristiques ne sont pas explorés avec précision. Comme si le public nageait dans une piscine sans mettre la tête dans l’eau. Il devient donc difficile de s’attacher ou de s’identifier à l’histoire. Egalement, le manque de profondeur fausse le genre prôné par Triple 9. Présenté comme un thriller à rebondissements, le film se perd en flirtant entre film choral, suspense et intrigue policière. Cela est fort dommage, car la multiplicité des intrigues permettait de traiter le thème du braquage sous un point de vue nouveau, évitant la confrontation classique entre deux cerveaux…

En conclusion, le dernier film de Hillcoat est efficace et malgré son aspect « bourrin », il met en perspective une réalité assez sombre. Mais ses diverses sous-intrigues le trahissent et l’empêchent de s’élever au rang du mythique Heat de Michael Mann, ou du maîtrisé The town de Ben Affleck.

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