Un homme très recherché – A Most Wanted Man

« Qu’est ce qu’être un espion de nos jours? » pourrait être la phrase d’accroche d’Un Homme très recherché.

Adapté d’un roman de John Le Carré dont un autre des romans, La Taupe, fut également adapté avec grand succès au cinéma en 2012, Un Homme très recherché ne lui ressemble en rien. Ici, la résolution de l’affaire n’est pas la question centrale du film.

Le terme d’« espion » semble lui-même ne pas correspondre au personnage porté à l’écran. Habitués que nous sommes aux espions élégants comme ceux décrits dans La Taupe, ou dans les films d’espionnage d’Hitchcock (d’où émane toujours une tension), et qui sont tendus vers un but, ce film déjoue rapidement nos attentes. Le rythme en est quasi-absent. Il vaut mieux, sous peine de trouver le temps long, comprendre rapidement que ce qu’il nous est demandé de regarder n’est pas l’affaire, mais la façon dont elle est traitée par les divers services secrets qui s’en approchent, britanniques, allemands, américains.

L’intention est clairement de montrer les dessous d’un service secret avec ses manques de moyens, ses manques de temps, ses manques de vies. Ces vies qu’on devine au travers des affaires sont parfois représentées de façon poétique, mais le plus souvent de manière caricaturale. Le héros, ou plutôt l’anti-héros, incarné par Philipp Seymour Hoffman, est un agent qui a raté une mission passée et s’est retrouvé muté à Hambourg comme « punition ». Il est trop volontiers montré comme un alcoolique ; un loup solitaire se consacrant exclusivement à son travail, autant de clichés sur la profession d’espion telle qu’elle habite l’imaginaire collectif.

Au delà de ces défauts, le réalisateur A. Corbijn apporte au genre une nouveauté par l’humanisation du personnage joué par Philipp Seymour Hoffman. Sa performance est remarquable, toute en délicatesse, dans une mélancolie souvent à fleur de peau : particulièrement lors d’une scène où il joue au piano une mélodie qui devient par la suite extra-diégétique, faisant planer sur toute la fin du film une impression de résignation mélancolique.

Du film entier et de cette description d’un corps d’agents secrets trop humains, qui, peut-être, veulent trop comprendre, être sûrs d’eux, piétiner s’il le faut pendant des mois afin de faire les choses au mieux pour tout le monde, sans blesser outre mesure qui que ce soit, émane une mélancolie sombre, une malédiction presque, laissant présager la fin tragique et glaçante.

Glaçante car elle tente d’exposer les hypocrisies du système de la lutte anti-terroriste, la recherche effrénée d’un coupable quel qu’il soit pourvu qu’il corresponde un tant soit peu au type recherché, d’un homme à jeter en pâture aux médias sans autre forme de procès.

Glaçante, car elle nous montre les rouages des manipulations internes des services secrets entre eux, l’écrasement de ceux qui, encore, espèrent faire les choses avec éthique, et qui ont la volonté de faire les choses au mieux.

Malheureusement, ni la mise en scène ni l’esthétique n’accomplissent ces ambitions scénaristiques et le film malgré une intention louable, laisse à désirer par des effets stylistiques convenus, comme des ralentis supposés nous émouvoir. Un Homme très recherché aurait gagné à rester toujours dans la sobriété et dans cette atmosphère de démythification, dans le traitement réaliste d’un corps de métier qui prête à tous les fantasmes.

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