Un nouveau souffle sur l’art cinétique à la Galerie Perrotin

Depuis quelques années, l’art cinétique commence à regagner une nouvelle étape de son développement. Longtemps délaissé et méprisé, l’up/art ou art cinétique, peu importe les différents titres qui lui sont attribués, s’est contenté du peu d’importance que lui ont accordé les critiques d’art, de même qu’un public désintéressé.
C’est à partir de l’exposition « Dynamo » tenue en 2013 au Grand Palais, et l’exposition sur Julio Le Parc au Palais de Tokyo, qu’une nouvelle ère s’annonce pour l’art en mouvement.

Grand représentant de l’art cinétique, bien qu’il se soit toujours écarté, et qu’il fuyait constamment les définitions et les labels, Jesús Rafael Soto fait partie de ces artistes qui ont démontré que science et art ne s’opposent pas toujours. Admirateur de Kazimir Malevitch, ses œuvres exposées font écho aux carrés et aux théories suprématistes de l’artiste russe ; œuvres telles que « Armonia Ambigua » de 1982, « Cuadrados de vibración » de 1990, ou encore « Sans titre (Grand Carré brique) » de 1979, qui montrent combien il s’est inspiré de la figure géométrique du carré. En reprenant le carré et en ajoutant de la couleur, Soto modernise la forme géométrique et lui donne plus de vivacité. Parmi les couleurs les plus notoires, les bleus, les rouges, et les jaunes, inondent le plus ses toiles, couleurs qui confirment finalement sa passion pour les couleurs primaires contrastant avec la neutralité du blanc et du noir.

Mais Jesús Rafael Soto va au-delà et ajoute du relief, influencé peut-être par les collages de Picasso et les assemblages de Robert Rauschenberg. Le spectateur ici est invité à se plonger dans le travail de l’artiste, qui peut se réaliser, s’aboutir uniquement s’il devient actif et s’il bouge. Ainsi, on est invité à pénétrer dans l’œuvre, et à faire l’expérience de devenir « un » avec la sculpture comme le prouvent ses « Pénétrables », fils en plastique qui nous invitent à plonger dans l’univers plastique, littéralement, façonné par Soto. « Ne pas toucher » maxime qui se répète à l’infini dans les musées et les lieux d’art n’a pas sa place ici ! Plonger, toucher, faire part de l’œuvre, Jesús Rafael Soto questionne finalement l’espace d’exhibition et brise l’une des frontières les plus pesantes entre art et amateur.

Bouger pour expérimenter l’art d’une autre manière, à partir d’un point de vue autre : la perspective du vénézuélien n’est pas celle conçue par Brunelleschi et les maîtres de la Renaissance. Chez Soto, les points de vue sont infinis, la frontalité du tableau est abandonnée. Les lignes et les jeux de contraste comme ceux de « Vibración Amarilla Blanca » de 1994, témoignent d’un artiste préoccupé par l’impact de ses œuvres sur celui qui regarde. Le témoin ne subit pas l’art mais fait partie de l’œuvre avec Soto, et c’est ce qui est mis en évidence à la Galerie Perrotin. L’espace de toute la galerie est construit de manière aérée, pour laisser les visiteurs circuler librement entre les œuvres. Pas d’entassement ici ! Le parcours est harmonieusement délimité. L’espace est très important pour comprendre et ressentir l’œuvre de Soto, c’est un enjeu qui a été pris en compte pour l’accrochage à la galerie, et nous permet d’expérimenter l’harmonie et la musicalité du travail de l’artiste.

Dans ce sens, le travail de Soto est scientifique et appartient à l’art cinétique, car les effets des vibrations sont bien mis en évidence dans des pièces telles que « Écriture Noire » de 1982. Le mouvement n’est pas exclusif à l’homme, mais fait aussi partie de l’œuvre et dicte son esthétique.

La Galerie Perrotin place l’art cinétique dans l’objectif et lui redonne de l’importance. « Chronochrome » est désormais une exposition à ne pas rater et à voir absolument.

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