Une foire d’art contemporain ouverte H24 et toute l’année… Rencontre avec les fondateurs d’Artsper

C’est en 2013 que deux anciens étudiants en école de commerce décident de se lancer dans l’aventure du marché de l’art, avec l’idée d’en bousculer les codes. Dans l’objectif de permettre une meilleure accessibilité à l’art, Hugo Mulliez et François-Xavier Trancart ont ainsi valorisé le travail des galeristes via une plateforme Internet, les mettant en contact avec une clientèle nouvelle.

Hugo Mulliez, 26 ans, est diplômé de l’EDHEC en corporate finance. Après quelques expériences professionnelles à New York ou Londres, il décide de se vouer à sa passion, l’art. Il rencontre alors François-Xavier Trancart, 24 ans, et lui fait part de son projet. Egalement ancien étudiant de l’EDHEC, ce dernier a fait ses premières armes au sein d’entreprises au rayonnement international.

Avec un profil purement commercial et marketing, les deux associés ont rapidement su trouver les arguments pour fédérer des galeristes autour de leur projet. Pour une ouverture du site au début de l’année 2013, un apport personnel a d’abord suffit, alimenté par le soutien financier de quelques proches. Une levée de fonds à par la suite été nécessaire afin de mettre en place un service de qualité. Aujourd’hui, la petite entreprise fonctionne également grâce aux abonnements des galeries – les galeristes doivent désormais s’acquitter d’un abonnement annuel allant de 200 à 350 euros -, et aux commissions prises sur les ventes. Artsper compte désormais ouvrir son offre aux entreprises, avec de nouvelles perspectives pour l’avenir.

A ce jour, Artsper est une plateforme référençant 2 300 œuvres, plus de 200 galeries à travers 11 pays européens, 650 artistes. Le site compte près de 40 000 visiteurs uniques par mois, avec une accessibilité bilingue, français/anglais.

Concept

Le site Artsper se positionne à un degré au dessus du schéma classique du marché de l’art, entre créateurs, clientèle et intermédiaires. Les opérateurs de vente ayant besoin d’un coup de pouce dans un contexte économique difficile, la plateforme propose de créer des liens avec une clientèle peu sensibilisée ou encore novice en matière d’art contemporain. Les galeries, quant à elles, peinent à gagner en visibilité lorsque les curieux n’osent franchir leurs portes, craignant de passer dans un univers élitiste en termes de prix et d’œuvres présentées. Il y a donc désormais des intermédiaires pour les intermédiaires. C’est ce que propose déjà les organisateurs de foires d’art installées partout dans le monde, à savoir réunir en un seul endroit découvreurs de talents et vendeurs venus des quatre coins du globe, afin de les valoriser auprès des collectionneurs. La « foire » présente sur le Net est toutefois ouverte 24h/24h, sans que le visiteur n’ait avoir à débourser de droits d’entrée – ce qui change la donne lorsque l’on sait que l’entrée plein tarif de la FIAC est à 35 euros…
Loin de vouloir encourager à la dématérialisation de la galerie, Artsper propose aux opérateurs de toucher une plus large clientèle. Les gains perçus par ces ventes pourront alors permettre une viabilité certaine à un emplacement physique en termes de charges notamment. Conçue comme un « complément » du travail premier du galeriste en boutique, Artsper se positionne entre la foire d’art et le site Internet de la galerie.

Qualité et sélection

Les fondateurs d’Artsper ne voulaient aucunement créer un « leboncoin.fr » de l’art, en proposant tout et n’importe quoi. Si la gamme de prix est accessible à quasiment toutes les bourses, les galeries sont sélectionnées par un comité d’experts qui veillent à la fois à la qualité des travaux qu’elles mettent en valeur, mais aussi à leur capacité à assurer une qualité de service auprès des acheteurs et clients du site. Pour prétendre à une certaine légitimité sur le marché et auprès des opérateurs, les fondateurs ont réuni au sein de ce comité des personnalités telles que l’ancien ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, des spécialistes du e-commerce tels que Steve Rosenblum ou encore le galeriste Philippe Charpentier. A l’instar d’un comité de sélection pour les foires d’art, les galeries sont repérées d’une commission à l’autre, avec des possibilités d’en retirer du site si les membres estiment qu’elles ne correspondent plus au niveau d’exigence instauré par Artsper.

L’art en entreprise

Pour étendre ses activités et son réseau de collectionneurs d’art contemporain, l’équipe d’Artsper développe un service dédié aux entreprises, avec une offre clé en mains. Permettre aux entrepreneurs de personnaliser leurs locaux, tout en fédérant leurs équipes autour d’un artiste, d’un travail, telle est l’idée générale. Un accompagnement sera mis en place afin de proposer les œuvres les plus pertinentes au regard de l’esprit de l’entreprise, tout en leur faisant bénéficier de prestations de gestion ou de logistique. L’art en tant que pur objet de contemplation passe à un statut de placement, d’investissement, notamment en termes de ressources humaines ou de marketing. Le mécénat entre également en jeu dans cette nouvelle offre puisque les entreprises pourront déduire leurs achats de leurs impôts, s’appuyant sur une loi qui fête, cette année, ses 10 ans d’existence. S’attaquer à ce marché n’est pourtant pas chose acquise au vu des résultats communiqués par Admical pour 2014. Selon le baromètre publié tous les deux ans par l’organisme, « 13 % des mécènes ne sont pas en mesure de se prononcer sur l’avenir de leur budget mécénat, 10 % pensent le diminuer, et 8% le supprimer. Plus l’entreprise est petite, plus l’incertitude sur l’avenir est grande ». Une approche toute aussi rigoureuse que celle requise dans la relation avec les galeries serait toutefois l’objectif d’Artsper. Privilégier le relationnel et la valeur ajoutée de l’art au sein d’un espace de travail tendrait peut être, à revaloriser un mécénat en perte de vitesse.

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