Une folie Shakespearienne

Macbeth (2015) de Justin Kurzel

Note : ★★☆☆

Lorsqu’il s’agit d’adapter une œuvre littéraire au cinéma, certains auteurs rendent l’exercice nettement plus ardu ou stressant que d’autres. C’est le cas de William Shakespeare, dont la qualité de l’œuvre (d’une vie) fait que ses adaptations font systématiquement l’objet d’un œil critique intransigeant. Succédant aux réalisateurs de génie que sont Orson Welles, Roman Polanski ou encore Akira Kurosawa, le réalisateur australien Justin Kurzel, a proposé lors du dernier festival de Cannes sa propre vision du tragique Macbeth, à travers une représentation picturale de la folie, servie par la prestation époustouflante de Michael Fassbender.

Dans l’Ecosse du Moyen-Âge, Macbeth, thane de Glamis et cousin du roi Duncan, commande l’armée de ce dernier afin de contrer la rébellion visant à renverser le roi. Rentrant victorieux de cette guerre grâce à sa force et son courage, il fait la rencontre de trois sorcières lui augurant trois titres : en plus d’être thane de Glamis, il sera thane de Cawdor et roi d’Ecosse. Quelques jours plus tard, deux seigneurs viennent lui annoncer que le roi l’a nommé thane de Cawdor pour le récompenser de ses services. Consumée par l’ambition, son épouse, qui a été informée de l’augure, pousse Macbeth à accomplir son destin et l’amène à assassiner le roi. Ils s’engagent alors tous deux sur le chemin du tourment et de la folie.

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Des acteurs au service de l’aliénation

Justin Kurzel a déjà fait preuve de sa maitrise en tant que directeur d’acteur, dans son précédent long métrage, Les Crimes de Snowtown (2011). Le résultat est légèrement plus mitigé dans Macbeth et la faute en incombe à l’interprétation paresseuse de Marion Cotillard (La Môme d’Olivier Dahan, The Immigrant de James Gray,…), dans le rôle de Lady Macbeth. Comme à son habitude, l’actrice française semble trop souvent subir son personnage plutôt que de le maitriser, privant alors Lady Macbeth de tout le mordant la caractérisant, dévorée par l’ambition jusqu’au point de non retour. Voir un personnage principal interprété de la sorte est relativement triste, surtout lorsque l’on remarque que le film regorge de seconds rôles fascinants, joués avec une justesse captivante par Paddy Considine (Hot Fuzz d’Edgar Wright), Sean Harris (Prometheus de Ridley Scott) ou encore David Thewlis (la saga Harry Potter). Cependant, c’est bien Michael Fassbender (Shame de Steve McQueen, la deuxième saga X-Men,…) qui nous offre une interprétation viscérale, envoutante, habitant un Macbeth en proie à une folie paranoïaque et destructrice. Rongé par ses crimes, Macbeth se transforme peu à peu en tyran monstrueux, et Fassbender pousse l’interprétation au point qu’il semble subir malgré lui, une transformation physique atroce.

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Macbeth, ou la constante de la surenchère esthétique

Malheureusement, la qualité du jeu des acteurs souligne aussi le problème majeur du film. En mettant en scène la folie du début à la fin du long métrage, on remarque qu’il en devient monochromatique, alors que l’œuvre Macbeth n’est pas moins une pièce sur la folie, qu’une tragédie évolutive sur une lente descente aux enfers des personnages, tourmentés par leurs crimes. Découvrir des personnages en proie à la folie dès le lever de rideau, les prive d’un développement intéressant. Cette constante scénaristique nous empêche de ressentir un minimum d’empathie pour les personnages, et finit rapidement par nous lasser. Gangrenant jusqu’à l’esthétique du film, la folie imprègne Macbeth d’un filtre homogène pour le moins pénible. Certes, l’image est belle, le cadre est composé, le montage efficace. Mais tout est surchargé, la photographie léchée est accompagnée d’effets de ralentis fastueux, la musique (bien que superbe) ajoute une lourdeur suffocante aux images, et la direction artistique (réalisation maniérée, lumière sur-expressive, effets spéciaux grandiloquents,…) apporte une désagréable impression de futilité. Dommage, quand on pense que cela gâche la qualité exceptionnelle des décors (les paysages écossais sont sublimes), costumes et accessoires.

Bien que l’on comprenne aisément l’intention du réalisateur, celle de créer une atmosphère de démence palpable, on ne peut que constater que Justin Kurzel passe totalement à côté de son propos. Pire encore, Macbeth prend l’apparence d’une œuvre prétentieuse et superficielle, prouvant une nouvelle fois qu’une forme, aussi stylisée soit elle, est totalement inutile sans un minimum de fond.

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