Une installation-performance anticoloniale taxée de racisme

Exhibit B est la nouvelle exposition d’un artiste Sud-Africain, Brett Bailey, au 104, qui se targue de dénoncer les atrocités subies par le peuple Noir, aussi bien lors de la colonisation qu’actuellement. Cependant, certains l’accusent de ne pas dénoncer le racisme (car c’est bel et bien de cela qu’il s’agit) mais d’asseoir encore plus la domination colonialiste. Exhibit comme exhibition (exhibition des esclaves sur les marchés, exhibition des performeurs) et également comme pièces à conviction, témoignages d’atrocités qui ne doivent pas être oubliés.

L’exposition se présente sous la forme de 12 tableaux vivants, 12 tableaux métaphoriques de la perversité du système colonial, qui placent chacun un acteur au centre ; c’est peut-être en cela que les réfractaires l’accusent de s’apparenter aux tristement célèbres « zoos humains » de l’avant-guerre. Parenté assumée par l’artiste qui parodie ces fameux zoos à la différence que le performeur est au même niveau que le spectateur, aucun rapport de force n’est envisagé et même envisageable.

La bombe fut lancée par un article du Guardian, journal britannique en août dernier, alors même que l’exposition n’avait fait aucune vague en Afrique du Sud. Partant de là, un professeur de Seine-Saint-Denis s’est emparé de la cause et a lancé une pétition, demandant l’interdiction d’Exhibit B qu’il accuse d’être raciste, et de toujours représenter les personnes noires en position de victime. Les médias s’emparent de l’affaire, la polémique enfle, les réfractaires s’insurgent sur les réseaux sociaux… Le jeudi 27 novembre à 18h30, de violentes émeutes devant le centre Gérard Philippe de Saint-Denis ont même entraîné son annulation pour la soirée.

Néanmoins, il semble capital de s’y rendre pour se confronter au passé, confrontation rendue d’autant plus réaliste, et saisissante de par la présence d’un acteur. Une capture photo des performances (arme des réfractaires qui n’ont pour la plupart, pas vu l’exposition) n’est absolument pas représentative de l’exposition elle-même, puisque les acteurs sont habillés, maquillés ; ils endossent un rôle et sont les propres auteurs de leur prestation. Une photographie ne peut jamais témoigner de la puissance d’une expérience vécue.

Si les réfractaires hurlent au racisme et s’interrogent sur la nature que peut prendre une œuvre d’art, aller voir l’exposition leur apprendrait qu’elle se termine par une série de témoignages des performeurs, qui revendiquent une certaine fierté retrouvée.

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