Velázquez au Grand Palais

Le Grand Palais présente une exposition autour de Velázquez jusqu’au 23 juillet.

La RMN, le Grand Palais, le Louvre ainsi que le Kunsthistorisches Museum de Vienne, ont travaillé ensemble afin d’organiser une exposition riche autour du travail du peintre espagnol.

L’exposition suit scrupuleusement le parcours du peintre. On commence par analyser son travail dans l’atelier de Pacheco. Velázquez va apprendre de façon privilégiée. Son maitre lui fait découvrir l’élite, l’émulation de la découverte du « Nouveau Monde », il échange richement avec les artistes qui apprennent à ses côtés.
On continue ensuite sur les « Variations Naturalistes ». On étudie ici le travail de Velázquez lorsqu’il séjournait à Séville, on peut admirer plusieurs bodegones, un genre de nature morte. On remarque également une multitude de variations autour des œuvres du peintre. Ce qui prouve bien que son travail était regardé, et copié avec soin. On peut donc penser à l’existence d’un atelier, mais jusqu’à ce jour, une telle chose reste encore un mystère.

Vient alors le tour de la « Découverte du Caravagisme ». Le peintre se rend à la cour de Madrid, et y découvre le type de peinture qu’il s’y pratique alors, le Caravagisme, venu tout droit d’Italie. Bien que Velázquez ait pu voir ce travail d’inspiration caravagesque à travers les œuvres de Ribera, il part en Castille, et c’est là qu’il commence véritablement à étudier de plus près cette mouvance artistique. Il imite, reproduit, afin d’être au plus près de ce courant et d’en saisir toute la subtilité.
Puis, c’est l’étude des « Premiers Portraits ». Velázquez est redemandé à la Cour et, est nommé peu de temps après Peintre du Roi. Nombreux sont les bons peintres à la cour madrilène, Velázquez regarde les autres styles, tant est si bien qu’il commence à changer le sien…

On voyage au sein de l’exposition presque comme voyageait Velázquez lorsqu’il partit en Italie. Les paysages trônent en majesté au sein de la salle d’exposition. Les figures antiquisantes sont plus épanouies que jamais. Velázquez commence enfin à s’affirmer et, il est déterminé à s’attaquer à la peinture d’histoire. Il allie le caravagisme aux couleurs de Poussin. Le peintre doit représenter l’infant, il se sert de tout ce qu’il a acquis en Italie et l’insère dans ses compositions. Bautista Martinez del Mazo rejoint son atelier.
Velázquez est de plus en plus sûr et à l’aise avec sa peinture. On le remarque à ce stade de l’exposition. Il sait ce qu’il souhaite représenter, et installe ses personnages dans un contexte particulier.
L’exposition se poursuit, et on accompagne Velázquez reparti en Italie. Il a pour mission d’acheter des œuvres pour Philippe IV, à Venise, Ferrare, Bologne, Modène puis à Rome où il séjourne assez longtemps ; jusqu’au jour où Philippe IV lui demande expressément de revenir.

C’est maintenant un chef d’atelier que nous propose d’étudier l’exposition. Le peintre est au « sommet de la gloire ». Del Mazo le seconde au sein de l’atelier, et il doit reproduire les portraits royaux à l’identique, dans une volonté de diffusion de l’image royale. On remarque alors que del Mazo a su saisir, très justement, la technique du maitre, bien que les deux touches soient complètement différentes. L’esprit de Velázquez se retrouve aux travers de ses œuvres. C’est ce que nous dicte la suite de l’exposition :regarder les œuvres d’autres artistes exécutées d’après Velasquez. Nombreux sont les artistes qui se sont inspirés du maitre. Bien qu’il n’ait, d’ailleurs, jamais expliqué les enjeux de sa peinture, on remarque que beaucoup d’artistes ont tenté de se saisir de l’âme émanant de ses œuvres. Mais le seul qui y parvient vraiment, reste del Mazo.

L’exposition propose un parcours riche et fourni du travail de Velázquez. Des œuvres fascinantes nous sont proposées, et c’est avec plaisir que nous retrouvons L’Immaculée Conception, La Toilette de Venus, Démocrite, Portrait du Pape Innocent X, Portrait de l’infante Marie-Thérèse et tant d’autres.
La scénographie a été intelligemment pensée. Chaque partie de la vie de l’artiste est ancrée dans une atmosphère particulière. Tantôt les murs sont maculés de blanc, tantôt les salles sont d’un rouge pénétrant, tantôt les oeuvres sont accrochées sur des murs peints en noir, et semblent flotter. On est comme transporté du début à la fin de l’exposition, on se délecte toile après toile, du travail du peintre espagnol.

Toutes les « variations » ou reproductions d’artistes attestent encore plus du fait de la grandeur de ce peintre. Tous les artistes voulaient l’égaler. Velázquez possède une touche si particulière, si insaisissable que le message de ses œuvres en devient mystérieux. L’atmosphère dégagée par les œuvres est presque mystique. Son geste procure à son travail un caractère secret. C’est là toute la force du peintre.
La scénographie joue complètement avec notre regard et nos émotions. Tout est augmenté, à tel point que, ce que l’on ressent face à chaque œuvre est décuplé. La lumière y est pour beaucoup, parfois forte, parfois douce, parfois inexistante ; elle offre un rythme à nos sens et nous plonge dans une expérience unique.
Tout ici est pensé au millimètre près, à tel point que si l’on regarde attentivement, les regards des portraits accrochés aux cimaises se répondent. Les yeux parlent et communiquent les uns avec les autres. On se sent alors comme catapulté d’une œuvre à une autre, on a l’impression d’être au cœur d’un parcours en constant mouvement.

Une exposition riche et excellemment bien pensée à ne pas rater !

Crédits photo : Huffington Post

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