Vente d’exception : Steinitz par Sotheby’s le 30 juin 2016

Le 30 juin, le XVIIIème est remis à l’honneur chez Sotheby’s. En effet les grands concurrents de Christie’s dispersent la prodigieuse collection de Bernard Steinitz, véritable Don Juan de l’art.

De la fourgonnette à l’hôtel particulier

Il vous faudrait relire Le Cousin Pons de Balzac pour bien saisir la passion dévorante de Bernard Steinitz, cette recherche insatiable de trésors les plus insoupçonnés,  domaine dans lequel Pons et Elie Magus excellent. Car Steinitz n’était pas surnommé « l’Hercule Poirot des antiquités » par hasard.

Au début des années 50, après avoir perdu une partie de sa famille à Auschwitz, après avoir vu la collection de son père spoliée par les nazis, Steinitz commence sa carrière dans une fourgonnette. Il sillonne la région bordelaise à la recherche de vieilleries, dont personne ne se préoccupe dans cette France ravagée d’après-guerre. Petit à petit, il ouvre sa première boutique à Pantin, installe des ateliers de restauration dans les anciennes usines Wonder aux Puces, ouvre sa galerie dans un hôtel particulier du XIXème, en plein VIIIème arrondissement, avant d’être sacré « Prince des antiquaires ». Passionné et volontaire, il affine, sans cesse, ses connaissances en se constituant une bibliothèque de référence, et ressuscite ainsi des merveilles des XVIIème et XVIIIème enfouies dans l’oubli et l’ignorance. Sa renommée est mondiale, le Moyen-Orient et la Russie accourent dans sa galerie rue du Faubourg Saint-Honoré, pour acheter des pièces d’exception.

Œil de lynx

Nombreuses sont les collections muséales qui lui doivent un enrichissement conséquent issu de ventes, mais aussi de dons : Versailles, le Louvre, le Getty, le Metropolitan Museum of Art … C’est lui qui a découvert la petite table en ivoire et corne bleutée dans un château de la Loire, ultime vestige du Trianon de porcelaine, pavillon que Louis XIV avait fait construire à Versailles. Il fut le seul à repérer le bureau brisé, pièce non négligeable de l’inventaire posthume de Louis XIV, vendu chez Christie’s en 1984 pour 29 000 dollars. Il vaut aujourd’hui 2,5 millions d’euros. Non content d’avoir enrichi les collections de grandes institutions, Bernard Steinitz a également contribué à une meilleure connaissance du mobilier, art considéré comme mineur, qui a souffert d’un long désintérêt, et de l’art du XVIIIème siècle, son siècle de prédilection.

Vente de sa collection privée

Sa passion n’était pas que marchande et avait succombé à l’admiration personnelle des chefs-d’œuvre : il vivait dans un sérail de beaux tableaux et de boiseries, tel un seigneur du Grand Siècle. Installée comme des enfants de prince dans son appartement situé rue Monceau, sa collection reflète son esprit insolite, son amour pour des objets dans leur jus. Son fils Benjamin, qui a repris le flambeau familial en 2012 après le décès de son père, a chargé Sotheby’s de vendre tous ces trésors. Environ 170 lots principalement français du XVIIIème sont proposés, pour un total estimé autour de 4,5 millions d’euros. Parmi les lots phares, un bureau Mazarin en vernis parisien d’époque Louis XIV, des médailliers en marqueterie provenant du cabinet des curiosités de Louis XIV à Versailles, une paire d’appliques en terre cuite de Sigisbert-François Michel, montées sur des socles en marqueterie Boulle, de grands vases cornets en porcelaine blanche de Chine d’époque Kangxi à monture d’époque Régence, un vase monté en porphyre noir d’Egypte de 1780, argenterie, bronzes, tapis… La liste de ces joyaux est non exhaustive. A défaut de pouvoir les acheter – les estimations tournent autour des 100 000 euros – allez les contempler lors de l’exposition des lots prévue les 25, 27, 28, 29 juin, 76 rue du Faubourg Saint-Honoré. La vente le 30 juin vaudra aussi le coup : les esprits vont s’échauffer, et les prix s’envoleront entre les spécialistes du XVIIIème, venus du monde entier.

« Son âme s’échauffait à la vue d’un chef-d’œuvre, absolument comme un libertin, lassé de femmes, s’émeut devant une fille parfaite, et s’adonne à la recherche des beautés sans défaut ». Balzac.

Exposition Sotheby’s France,

75 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 PARIS

Les 25, 27, 28 et 29 juin, de 10h à 18h.

Vente le 30 juin.

Catalogue

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