Vermeer illumine le Louvre

Vous êtes sans doute au courant, la dernière exposition du Louvre déchaine les passions, et les foules. Nous avons eu la chance de visiter l’expo un mardi matin, eh ouais les gars ! Du coup, on vous raconte pourquoi il faut se faire violence, et faire quand même la queue.

Le Louvre offre au spectateur une rencontre intime avec le travail de Johannes Vermeer, mais pas que ! On y découvre aussi tous ses contemporains néerlandais. Au programme de cette exposition d’ampleur : des chefs d’oeuvre mais aussi de magnifiques découvertes. 12 oeuvres de Vermeer sont présentées grâce à des prêts exceptionnels ; 12 tableaux ! C’est quasiment un tiers de l’oeuvre du maitre de Delft. On comprend mieux l’engouement pour cet évènement.

Vermeer est donc ici exposé aux côtés de ses contemporains, et cette volonté d’accrochage rend son caractère plus précis, il s’individualise. 

L’exposition commence doucement avec une introduction au travail de l’artiste, et à une re-contextualisation historique. On comprend mieux qui il est vraiment, et surtout, qu’il n’était pas du tout dans un isolement, mais au coeur d’un réseau artistique que peu d’historiens de l’art sont parvenus à comprendre. La scène de genre élégance hollandaise est alors à son apogée, et Vermeer en est un des maîtres aux côtés de Gerard ter Borch, Gabriel Metsu, Pieter de Hooch ou encore Frans van Mieris. Tous ces artistes se sont côtoyés, ont échangé et se sont inspirés les uns les autres pour leurs oeuvres. 

Il est possible  de comparer La Peseuse d’or de de Hooch avec la Femme à la balance de Vermeer. On constate, d’ailleurs, que dans les deux toiles des similitudes sont présentes sans que l’on puisse l’expliquer. Officiellement, et techniquement, les deux artistes se connaissent par leurs travaux respectifs. Et pourtant, on ne peut s’empêcher de remarquer la même grâce, le même équilibre, la même lumière douce et tamisée. A travers l’oeuvre de ces deux peintres, la lumière acquiert un caractère moral et enveloppe les deux figures de la même manière. 

On continue le parcours de l’exposition, et on a les moyens, alors,  d’apprécier le sujet des missives amoureuses. 

Le pays était à l’époque très urbanisé. Il n’était pas du tout choquant, ou anormal, qu’autant de personnes sachent lire et écrire. Ce type de scène est difficile à peindre car tout réside dans la représentation du temps, du silence et de la concentration. Vermeer quant à lui, introduit quelque chose de nouveau : une lettre froissée, jetée aux pieds d’une femme. C’est désormais dans ce simple morceau de papier, mis en boule au bas de la toile, que réside toute la puissance et toute l’histoire de l’oeuvre. Bien que des similitudes dans la représentation de cette scène de genre existent entre Vermeer et ses contemporains, il est le seul à révolutionner l’histoire de la sorte.

On peut suivre les différents types d’enfilades, ces intérieurs hollandais qui paraissent de simples représentations d’intérieurs de l’époque, et qui pourtant sont bourrés de messages au sens caché. On pense tout de suite aux Pantoufles de Samuel van Hoogstraten. On découvre alors que cette peinture aurait fortement pu être la cause de l’arrivée de plusieurs enfilades. On admire autant les oeuvres d’autres artistes, et on est en mesure de comparer les ressemblances, ou non, lorsque Jan Steen pose un crâne au sol de sa composition, et que Pieter de Hooch se passionne pour l’emboitement des espaces. 

La rétrospective nous permet encore de découvrir le traitement de la lumière par les artistes de l’époque, et de les comparer à celui de Vermeer. On regarde tour à tour les Astronome et Géographe, la lumière construit la scène, c’est la lumière de la raison, elle existe à part entière et non plus simplement pour illuminer une scène. Ces tableaux dépassent le portrait, ils ont une raison sociale et représentent le savoir, l’élite. Beaucoup de similitudes entre Vermeer et Gérard Dou, cependant on ne peut s’empêcher de reconnaitre le caractère unique de Vermeer et sa capacité à créer quelque chose d’exceptionnel, d’énigmatique, voire de flottant, au sein de ses compositions. 

L’exposition se termine avec Mesdames La Dentellière et La Laitière. Ici, on met en regard les toiles de Vermeer avec celles de Nicolas Maes et de Gerard Dou. On découvre alors le génie de Vermeer qui invente une nouvelle figure, et on ne peut qu’admettre qu’il ne recopie pas ses contemporains, ou alors pas vraiment, mais qu’il élimine des éléments de ses ‘collègues’ afin d’atteindre ce vers quoi il souhaite parvenir.

Vous l’aurez compris, une très, très, belle exposition proposée par le Musée du Louvre. Vous avez jusqu’au 22 mai pour en profitez, on vous conseille de réserver vos billets en ligne. Et on vous garantit que ça vaut le coup ! 

Crédit photo : Johannes Vermeer, Allégorie de la Foi catholique , vers 1670-1672. Huile sur toile. 114,3 x 88,9 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art, The Friedsam Collection, legs Friedsam, 1931 © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

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