Vernon Subutex, 1 – Virginie Despentes (2015)

Premier livre publié en 2015 auquel je m’attaque et découverte totale de l’univers de Virginie Despentes avec Vernon Subutex.

Malgré cette période de l’année qui me met un frein, j’ai choisi un livre qui fonctionne à une vitesse folle. Pour cette œuvre de quatre cents pages, l’auteur a été nommé première lauréate du prix Anaïs Nin. Orienté vers le monde anglo-saxon, il vise à promouvoir les auteurs français à l’étranger. Le livre ne reçoit que des critiques élogieuses et se classe parmi les livres les plus vendus en France. Virginie Despentes l’a annoncé comme le premier tome d’une trilogie à venir.

Vernon Subutex est un quarantenaire parisien qui vient de se faire jeter de son appartement. Il erre un moment de lits en canapés, et finalement de bancs en bancs. Ancien disquaire, il connaît l’univers rock jusqu’au bout de ses doigts. Figurait parmi ses relations Alex Bleach, icône musicale qui vient de faire une overdose mortelle. Vernon possède des cassettes, sur lesquelles le défunt a enregistré quelques paroles dont la valeur a connu un bond énorme depuis son trépas. Beaucoup sont prêts à mettre la main sur ces fameux enregistrements …

L’histoire est reléguée au second plan du livre. Elle construit une trame cohérente qui sert de support à la vie des personnes que Vernon rencontre. S’il reste chez une femme pour une nuit, vous pouvez être sûr que l’on aura droit à un chapitre entier sur sa vie, ses galères, ses amours, ses ambitions et son passé. Si cette femme se fait agresser, on aura également droit à un chapitre sur ses agresseurs. L’essentiel du livre est humain. Les hommes et les femmes, leurs relations et leurs désillusions. Ils ont tous entre 30 et 50 ans, et beaucoup sont tournés vers un passé de folie et de bonheur qui s’est fait la malle. Certains ont réussi en troquant l’excitation contre la sécurité.

C’est un magnifique tableau de la folie humaine sur fond de drogues, de sexe et de mauvais choix. C’est le genre d’histoire qui me plaît tout de suite. Vous entendrez parler d’anciens rockeurs, de stars du X, de transsexuels, de SDF, de professeurs, de lesbiennes, de fonctionnaires, de femmes battues, de grands noirs, de petits blancs, de sublimes latinos … Tout est criant de vérité. Virginie Despentes s’arrête longuement sur chacun d’entre eux et les construit de A à Z. Ils sont presque déjà des êtes tridimensionnels, aussi réels que nous et aussi humains. Ils collent tellement à ce qu’est le monde, aux gens que nous croisons tous les jours, que je me demande si Vernon ne viendra pas sonner à ma porte pour voir si j’ai une petite place sur mon canapé.

Tout est passé au microscope : les physiques, les histoires, les mentalités. Vous saurez vraiment tout de ces gens. Et vous saurez tout, grâce aux différentes paires d’yeux qui nous sont prêtées. Un même personnage est souvent décrit différemment, selon que l’on se glisse dans la peau de telle ou telle personne. Vernon Subutex est un prétexte pour voyager dans un cosmos tellement humain qu’il en devient étranger. Tout connaître est perturbant et fascinant. On perd le nombrilisme de nos vies pour la faculté magique de connaître tout de ceux que l’on croise en marchant.

J’ai été époustouflée par ce livre et sa multitude de singularités. Il ne se passe pas grand chose et beaucoup de ces individus sont « limite niveau éthique ». Mais c’est le genre de chose qui me plaît et vraiment, la justesse de chaque être est formidable.

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