Vhils & Nowness : Indi-gènes

L’artiste portugais Vhils (de son vrai nom Alexandre Farto) est un des gros poissons du milieu du Street-art depuis le début des années 2000. Son crédo, c’est de travailler sur la figure humaine : il taille des visages au marteau-piqueur sur les murs, il se sert de pochoirs qu’il gratte et colle sur à peu près tout ce qui lui passe par la main, pour matérialiser des visages d’anonymes. Cette semaine Vhils a frappé fort en faisant appel au studio de photoreportage Nowness, afin de mettre en avant des membres de la tribu des Guarani au cœur du Brésil.

En regardant cette vidéo, il faut bien saisir la difficulté de mettre en œuvre un tel projet dans un pays comme le Brésil, où la notion d’identité et de culture est un mélange inextricable entre les anciennes colonies portugaises, et les tribus locales qu’abritait l’Amazonie. Au fil des années, l’entrée du Brésil dans le club select des pays développés et industrialisés, a certes apporté le progrès, les écrans plasma, Instagram, et la chirurgie mammaire, mais cela n’a pu se faire comme le dit Vhils, qu’au détriment d’une uniformisation de la population. Dans ce film, Vhills et Nowness montrent comment se réapproprier cette mémoire, et la faire vivre dans la durée : la marquer dans le champ urbain.

La destruction évoquée par Vhils n’est pas à prendre dans un sens négatif. On ne peut rien créer à partir du néant (ne paniquez pas je ne vais pas parler de religion, juste de science), il faut à un moment entrer dans une phase de destruction pour changer l’état de la matière. Exemple : Michel Ange est un des plus grands destructeurs de notre temps, avec ses ciseaux et ses burins il explosait des blocs de marbre de 4 tonnes, pour en faire des sculptures graciles et majestueuses. Près de 500 ans plus tard, Vhills et Nowness reproduisent le même schéma avec un arsenal qui a simplement évolué : grues et marteaux-piqueurs, cutters, clous, perceuses s’affichent dans les bureaux, et sur les façades des immeubles des grandes villes brésiliennes, pour redonner un visage à ceux qui ont été effacés par la masse. Projet mémoriel et artistique, Incision sert à rappeler la présence des Guarani à une population mondialisée, non pas dans un esprit moralisateur, mais dans un appel à une mémoire collective et élargie, qui transcende les origines et les couleurs, pour fédérer autour de l’art et du Street-art, une identité rechargée en souvenirs.

Venez jeter un œil au studio Nowness.
Ainsi qu’au site de Vhils.

Crédits photographiques et sources : Nowness/Vhils/Hypebeast.

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