Warhol Unlimited au MAMVP

L’exposition « Warhol Unlimited » se déroule au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris jusqu’au 7 février 2016.

Pour la toute première fois, les fameuses Shadows d’Andy Warhol sont exposées en Europe dans leur totalité. A cette occasion, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris propose une exposition exceptionnelle.

Andy Warhol a prouvé sa capacité à se mettre en scène avec ses oeuvres tout au long de son parcours. Il souhaite anéantir les codes traditionnels de l’exposition, et le MAMVP se propose de l’illustrer.

« Tout est de l’art et rien est de l’art » 

Shadows est une oeuvre en 102 parties. C’est une création folle que le MAMVP nous offre, ainsi que le privilège de la voir pour la première fois dans son intégralité. Cette oeuvre veut évoquer une pellicule, son rythme, son mouvement. La salle d’exposition de Shadows est réellement spectaculaire. On peut ne pas aimer l’aspect visuel, car les couleurs flashy tranchent et jurent presque, avec le noir profond. Néanmoins, on ne peut qu’admirer l’habileté avec laquelle Warhol joue avec l’espace et le temps. Ici on ne s’attarde pas sur une peinture en particulier, on embrasse l’ensemble de la salle en y entrant. On a comme l’impression d’être perdu dans un monde que nous offrirait Warhol. Son art est puissant, il ne se limite pas à un cadre. Il souhaite aller au-delà de la peinture seule. Lors des expositions qu’il organise, il mélange les genres, les styles, les formes, et remplit tout l’espace, allant ainsi à l’encontre des codes établis.

On découvre ensuite, les fameuses boites de soupe Campbell. C’est en 1982 qu’Andy Warhol les exposera pour la première fois. Le monde de l’art sera outré de voir pareille chose exposée. Warhol peint non seulement quelque chose de vulgaire, consommé par la population quotidiennement, mais en plus de cela, il ne prend pas la peine de l’embellir. Il procède de la même manière en réalisant ses autoportraits, avec l’objectif de dénaturer ce qu’il peint. On le remarque en admirant les autoportraits présentés. 

L’exposition retranscrit à merveille la volonté de Warhol de vouloir tout mélanger, casser les codes établis. On se trouve nez à nez avec de la peinture, puis subitement, comme propulsé dans une salle obscure présentant des films projetés simultanément, sur différents écrans. On est ensuite presque aveuglé, par les couleurs flashy et acidulées de la pièce suivante, celle du célèbre Cow Wallpaper. Nos yeux courent de supports en supports, de formes en formes, de couleurs en couleurs. On apprécie les oeuvres avec les fleurs, quand tout à coup on est confiné avec des portraits de Mao. Tout s’enchaine rapidement, il y a de la musique, on est transporté alors dans un club disco. Warhol disait qu’on passait de la musique disco lors des vernissages et que ça ne posait pas de problèmes. 

On se croirait réellement dans l’esprit de Warhol. Les pièces se suivent les unes après les autres, sans indigestion. A l’époque tous les grands critiques tentaient de comprendre la signification cachée de l’oeuvre de l’artiste, et quand on lui demandait si c’était de l’art, un simple « non » clôturait le débat. Eh bien pour cette exposition c’est la même chose ! On ne se sent pas assailli par des cartels incompréhensibles, on ne sent pas submergé par des panneaux explicatifs, aux mots tous plus inconnus les uns que les autres. Les oeuvres sont plaisantes, la scénographie est merveilleusement bien pensée et nous promène dans le musée comme dans un jardin, sans contraintes. 

Espace-temps

Le clou de l’exposition, à mon sens, est cette pièce remplie de ballons gris métallique gonflés à l’hélium qui volent partout, les Silver Clouds. On se retrouve au milieu, on joue avec, on se met à faire des passes à des inconnus. Tout le monde rit, durant un court instant on est partout, sauf dans un musée. Presque comme si un autre espace-temps avait été conçu pour nous. Il n’est plus question d’analyser Warhol d’un point de vue d’historien de l’art, on ne cherche plus à comprendre la signification de telle peinture, de telle photo ou de tel film. Non, on joue. Et cette pièce reprend à merveille les dires de l’artiste : « Je ne crois pas que l’art soit réservé à une élite, je pense qu’il devrait être destiné à la masse des américains, et de toute façon en général, ils acceptent l’art ».

L’exposition nous permet d’apprécier de nombreuses oeuvres de l’artiste, de voir les Shadows pour la première fois, et des oeuvres très complexes, et pourtant le discours n’est pas hermétique. On a réellement l’impression de pouvoir tout apprécier.

Andy Warhol expliquait que lorsqu’il concevait une oeuvre il pensait systématiquement à l’essence que celle-ci allait occuper, parce qu’elle allait prendre de cet espace avec elle. Et on le remarque au cours de l’exposition. Chaque pièce est pensée comme le lieu qui l’accueillerait spécifiquement. L’art de Warhol c’est de générer une atmosphère particulière, qui n’existerait que le temps de l’exposition. Et on le ressent clairement ici. On est presque comme habité par des sentiments différents pour chacune des salles que nous traversons.

Une exposition réussie donc ! Dans de nombreuses salles on fait un bond dans le passé et on a presque l’impression de se retrouver parmi Andy Warhol et ses acolytes. Il nous est donné à voir nombre d’oeuvres importantes de l’artiste, et c’est avec beaucoup de plaisir que l’on s’attarde dans la salle immense des Shadows.

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