William Eggleston

Comment devenir photographe ? Si parmi les lecteurs, se trouve quelqu’un qui se soit posé cette question, vous savez combien il est difficile d’exercer cette profession. Lorsqu’on commence à faire de la photographie, il est impossible de savoir si ce que l’on photographie a de la qualité ou pas. On estime avoir du talent, on veut prendre des clichés pertinents, on fait attention au cadrage, aux jeux de lumière, aux expressions des gens, mais on n’ose pas les prendre en photographie, on ne veut pas gêner. De plus, à mesure que l’on évolue, on se rend vite compte qu’on ne fait rien de nouveau, que ce que l’on fait n’est qu’imiter. William Eggleston déclara qu’avant de se tourner vers la photographie en couleurs, il utilisait le noir et blanc sans succès, il sentait qu’il faisait des « parfaits faux Cartier-Bresson ».

La fondation Henri Cartier-Bresson expose en ce moment, et jusqu’au 21 décembre, l’œuvre de ce photographe américain, qui à partir des années soixante, expérimenta avec la photographie en couleur, chose inédite à l’époque car considérée comme vulgaire et sans intérêt.
Les photographies de William Eggleston montrent le quotidien américain , et sont des fidèles témoins de l’évolution du pays : les voitures sont omniprésentes dans l’exposition, confirmant ainsi la place de l’automobile dans l’économie du géant impérialiste, les femmes aux grandes coiffures, les « dinners », les produits alimentaires. Tous ces éléments nous font penser aux toiles d’Edward Hopper, et ils font partie de l’identité américaine, identité ancrée dans l’économie capitaliste.
L’importance des biens matériels est importante pour comprendre la société américaine, fondée sur la consommation. Eggleston remarqua cela, et se tourna vers ces objets qui faisaient partie de la vie des américains, mais qui passaient inaperçus dans le quotidien. L’exposition abonde dans ce type de clichés qui montrent des ampoules, une salle de bain, des télévisions ou l’intérieur de chambres, tous des éléments qu’on utilise chaque jour. Ces photographies font de l’objet le sujet central, et semblent des natures mortes contemporaines ou de memento mori, lorsqu’on ne sera plus, les objets resteront impassibles sur terre.
De là, on comprend la mélancolie qui règne dans tous ces clichés, l’homme et l’objet sont dans un rapport convivial, mais ne partagent pas la même nature. Ce qui unit finalement les deux sujets est la couleur.

En dépit du nombre réduit des images exposées, chaque cliché fait sens, et montre bien l’évolution de l’artiste vers un moyen d’expression nouveau, qui se détache de la tradition du noir et blanc, et qui veut légitimer la couleur puisque « le monde est en couleur ». Le monde de William Eggleston est celui du sud des Etats-Unis. Un monde dans lequel les routes sont sans fin, et où les stations de gaz prolifèrent. Un univers où la nature et l’empreinte de l’homme peuplent le paysage, un univers où les objets parlent et les couleurs crient.

Crédits photo : Untitled, ca 1970 © William Eggleston / Eggleston artistic Trust, collection de l’artiste

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